La  Maison méditerranéenne des sciences de l'homme et la  Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc s'associent pour la réédition du Bulletin économique et social du Maroc (BESM) sous forme de revue électronique.

Le BESM occupe une place particulière dans le champ éditorial marocain en sciences humaines et sociales. Né pendant le Protectorat français au Maroc, il continuera, fait rare, après l'Indépendance jusqu'à aujourd'hui malgré quelques interruptions. C'est l'espace éditorial par excellence de la production scientifique marocaine dans les domaines de la sociologie, de l'anthropologie, de la géographie et des sciences économiques.

Notre ambition est de rendre ce patrimoine scientifique et documentaire accessible aux chercheurs et aux étudiants et permettre au Bulletin économique et social du Maroc de continuer à ressourcer la recherche en sciences humaines et sociales sur la Maroc.


Un observatoire économique et social du Maroc

Plus qu'une revue académique, le BESM se voulait dès son premier numéro en 1933 un "inventaire" du Maroc moderne soumis à l'analyse et à la documentation statistique, cartographique, iconographique et technique.

En rupture avec le discours exotisant de l'époque, il s'attache à ne pas enfermer le Maroc sur lui-même, mais à le "souder" à son environnement international et en explorant les enjeux économiques et sociaux de sa modernisation. La note de la rédaction, en exergue du premier numéro, mérite d'être rappelée pour rendre compte des choix éditoriaux des animateurs de cette revue.

« Ce Bulletin voudrait faire œuvre loyale et pratique. On n’y trouvera ni lyrisme, ni description épique du « miracle marocain » mais un inventaire que nous voudrions aussi complet que possible des ressources de ce pays, de son évolution productive, sociale et de crédit. (…)

À la différence des Annuaires, on s’efforcera ici de tenter un début d'interprétation des faits et un commentaire de leurs tendances. Aucune économie ne dispose dans un cadre pareillement restreint et fermé, d’une structure aussi complète. Le Maroc constitue, par conséquent un domaine propice à l’analyse et à la prévision. (…)

Une telle interprétation de la vie marocaine implique sans doute un abondant matériel statistique. Nous pensons néanmoins, qu’en l’état encore rudimentaire de sa prospection économique, le Maroc n’offre encore qu’un champ restreint d'investigations statistiques suffisamment sûres. Peut-être serait-on tenté de l’oublier parfois. L’application en France de certaines méthodes ou rubriques de dénombrement ne suffit pas encore à en justifier l’application au Maroc. (…) Constatation qui ne doit point conduire à écarter tout effort d’analyse pour s’abandonner à la simple description de rites de détails ou de pratiques superstitieuses déjà dépassées, mais qui invite au contraire aux patientes analyses de caractère suffisamment général pour dégager les possibilités de contact de deux civilisations. En ce sens nous multiplierons ici les graphiques en sélectionnant attentivement les statistiques.

On s’efforcera d’encadrer ces données, brutes ou commentées, à l’intérieur d’études de large information. De même, une place importante sera réservée à la vie des groupements économiques et sociaux du Maroc en soulignant la portée de certaines de leurs délibérations. Enfin la Bibliothèque générale du Protectorat a bien voulu nous aider en recueillant périodiquement tous les témoignages, essentiels portés sur l’activité économique marocaine : thèses soutenues, rapports des contrôleurs civils et des officiers des affaires indigènes, articles parus dans la presse locale ou métropolitaine, de manière à fournir au lecteur le tableau aussi complet que possible de tout ce qui aura été dit ou exprimé d’essentiel sur le Maroc pendant les derniers mois.

A l’heure où les circonstances contraignent le Maroc à s'affranchir de tout particularisme et à se souder au mouvement international des affaires, nous avons pensé que ce pays devait prendre une conscience nette de lui-même, de ses vocations économiques réelles. » (Note de la rédaction, Bulletin économique et social du Maroc, n°1, 1933).

Les rubriques de la Revue traduisent ces lignes de  tension placées sous le signe du Mouvement de la production au Maroc :

Les conditions atmosphériques et statistiques météorologiques
Production agricole
Production minière
Production industrielle
Production artisanale 
Activité immobilière
Les échanges intérieurs
Les échanges extérieurs
Les prix
Transports et liaisons
Finances marocaines
Démographe et questions sociales

Ces rubriques représentent plus de la moitié de chaque numéro et présentent une mine d'information couvrant des thèmes multiples que cette réédition numérique permettra plus facilement d'explorer.

Il s'agit d'une nouvelle visibilité offerte à cette revue dont l'usage dominant dans la recherche scientifique investit plus les articles scientifiques et rarement les données construites par cet observatoire. Sachant que les articles les plus connus et les plus cités sont ceux de la période de l'Indépendance, moment où la revue ne produit plus que des articles de type académique.

Ce changement est en soi significatif des conditions intellectuelles, scientifiques et institutionnelles qui vont marquer le champ de la production scientifique en sciences sociales au Maroc. Les outils, l'inventaire de l'économie et de la société marocaines, la fabrique des data issues d'enquêtes ou produites par des institutions spécialisées désertent la revue. L'ingénierie de la techno-structure et du champ de la recherche ne s'y exprime plus qu'au bénéfice exclusif des articles académiques et des débats discursifs du moment.

Elle reste néanmoins un objet éditorial de référence notamment dans les domaines de la sociologie et plus particulièrement de la sociologie rurale.


Abdelmajid Arrif